Salon nautique 20072007

Le salon 2007 a démarré dans l’eau. Cela peut paraître logique concernant le 6ème Salon Nautique de Venise, mais, entre nous, autant d’eau, ça fait désordre. Surtout lorsqu’elle vient d’en haut. Un déluge !
C’est en arrivant Piazza Roma, terminus des cars, bus, navettes, taxis, et départ des mêmes dans l’autre sens, que j’ai commencé à remarquer les parapluies. Plus exactement les cadavres de parapluies. Quelques individus épars tout d’abord, puis une tribu ou deux, et enfin des hordes, abandonnés toutes baleines dehors, retournés, cassés, éventrés. Une épidémie. Les plus gros cimetières se localisant principalement près des corbeilles à déchets. Un spectacle désolant. Comment autant de parapluies avaient-ils pu trouver la mort si subitement ensemble ? Le mystère planait. Et chacun sait que le mystère est une spécialité vénitienne. Un astéroïde, comme pour les dinosaures ? Un virus mortel parapluiephage ?
Comme le monde continuait de tourner et que personne ne semblait se soucier de tout ceci, je me suis mis à l’abri. Il était temps. C’est d’ailleurs le mot qui convient.
Rassurez-vous, la pluie et les bourrasques ne durent jamais longtemps à Venise, capitale des amoureux, de la mer, et des amoureux de la mer. Du moins toute cette semaine du 17 au 25 mars.
Je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps avec mes histoires météorologiques, qui n’ont d’ailleurs de logique que celle que l’on veut bien y apporter, un peu comme dans une auberge espagnole. Le lendemain, le soleil s’est mis à briller avec une ardeur printanière, et le Salon s’est mis à resplendir.
Il fut un temps où le doge épousait symboliquement la mer le jour de l’Ascension, et cela donnait lieu à des liesses et des réjouissances fastueuses dans toute la Sérénissime. Mais les doges ont disparu, et les fêtes aussi. Tout fout le camp. En revanche, peu de villes déploient autant d’ardeur à célébrer leur vocation et leur passé maritime. Pour notre plus grand plaisir, Venise reste fidèle à sa tradition, et a donc accueilli dans ce Grand Bassin de la Gare Maritime de 136 000 mètres carrés un nombre impressionnant de yachts de toutes envergures, de voiliers, de petites unités, et de spécialités locales telles les célèbres motoscafi en bois verni qui sillonnent depuis belle lurette les rios (rii ?) de la cité. Et c’est vrai qu’ils sont magnifiques. Et c’est vrai aussi que je ne sais absolument pourquoi lurette est si belle.
Venise a également accueilli la presse internationale dont votre serviteur fait partie (mais oui !), et l’a reçue dans un hôtel tout droit sorti d’un film de James Bond. Une sorte d’Arche de la Défense en à peine plus petit, dotée d’une marina dessous, peuplée de cabin-cruisers du plus bel effet. Un luxe futuriste aux portes de Mestre, à quelques minutes de la cité historique. Quand il n’y a pas d’embouteillage, bien sûr.

Pour ceux qui voudraient se choisir un nouveau jouet pour épater les copains du club, le Salone Nautico est l’ENDROIT où faire ses courses. Plus chic me paraît impossible. Rendez vous compte : des centaines de bateaux à quai, un terrain de jeu immense pour qui veut les essayer, le savoir-faire des italiens (et ils s’y connaissent depuis longtemps en matière de bateaux, les bougres), la proximité de l’une des plus belles villes du monde, et des jolies filles partout. J’ai, à ce sujet, remarqué qu’on en trouvait beaucoup à proximité de ces monstres de vingt-cinq mètres et plus, dans lesquels une famille de quatre générations pourrait loger sans problème. Elles sont toujours prêtes à rendre service avec le sourire, surtout lorsqu’on est client potentiel. Si on ne l’est pas, le sourire fonctionne quand même. Ça ne coûte rien, et elles sont tellement mignonnes…
Les sportifs pouvaient même trouver quelques beaux spécimens d’engins qui rendraient un cabriolet de grand luxe à quatre roues malade de jalousie. Des cigarettes (celles qui flottent), des racers, et aussi, dans un hall, une chose bizarre,fruit des amours hors normes d’un moteur d’avion et d’une paire de chaussures de clown. Les amateurs de bizarre (vous avez dit… ?) pouvaient se délecter d’un engin tout à fait extraordinaire, façon soucoupe flottante, avec parasol et barbecue incorporé, sensé se placer dans la piscine. On y tient à environ huit personnes. Sacré piscine quand même. J’imagine que ceux qui ont ça chez eux possèdent également un porte-avion au bout du jardin…
Dans le grand hall, la collection complète des équipement de plongée de la marine italienne et des chercheurs d’épaves retenait l’attention des mutants aux pieds palmés dont je fais partie, l’été, dans les mers chaudes, et aussi les autres, ceux qui s’intéressent de près à la production de bulles par quelques mètres de fond. Le Vatican n’a envoyé personne.
Nous avons pu aussi rendre une petite visite à l’Arsenal, où l’exposition « Il mistero dell’arzanà » fait surgir des brumes du passé gondoles, barques d’apparat, bateaux de pêche anciens, et quantité d’autres merveilles.
C’est donc ainsi que j’ai retrouvé un norvégien, un suédois, des allemands, une délégation lettonne et lituanienne fort jolie, et aussi quelques italiens volubiles pour quelques heures dans la Sérénissime. Nous avons beaucoup échangé, beaucoup ri aussi, et bien réalisé que l’Europe se composait somme toute de personnes parfaitement semblables les unes aux autres. En d’autres termes, qu’en ce cinquantième anniversaire de sa naissance, elle se portait plutôt bien, et notamment dans les cœurs.
Personnellement, je suis prêt à célébrer cet anniversaire tous les ans, au même endroit, avec les mêmes, et dans les mêmes conditions. Et je pense que je ne suis pas le seul…

Escapade à venise
© JF Macaigne (Texte & Photos)
L'Arsenal
 
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