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Le Delta du Pô
 JF
Macaigne

 
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Voici une croisière un peu spéciale, réservée à ceux qui ont déjà quelques rivières à leur actif. Canaux, fleuves, et même quelques heures de navigation en mer, la nature avec un grand N, et la visite de bijoux comme Ferrare et Commacchio, voilà le menu. Nous l’avons dégusté avec un plaisir certain, un temps plus incertain, et un excellent bateau : la Pénichette® 1020 FB - à louer sans permis chez Fantasia - dont le dessin de la coque permet de s’aventurer un peu dans la grande bleue, pas trop loin de la côte néanmoins.

C’est à une trentaine de kilomètres au sud de Venise, à la pointe de la lagune, que nous avons pris livraison de notre Pénichette® 1020FB dans la base Fantasia de Chioggia. Colorée et presque exubérante, la petite cité offre ses petits palazzi des 16e et 17e, ses canaux tranquilles aux reflets magiques, ses barques traditionnelles dont on ne sort les grandes voiles triangulaires que les jours de fête, et ses statues usées qui se moquent du temps qui passe.
La « petite Venise », comme tout le monde l’appelle ici, est riche d’une histoire mouvementée qui regorge de personnages illustres : Giovanni Cabotto (Jean Cabot) découvrit le Canada le jour de la Saint-Jean 1497 ; Nicolò De Conti sillonna l’Arabie et l’Océan Indien, atteignit les Moluques et ramena le clou de girofle ; Rosalba Carriera, dont les pastels sublimes ornent les murs de la Galleria dell’Academia, devint aveugle à la fin de sa vie, après avoir peint les plus grands et les plus illustres. Elle considérait sa maladie comme un « éblouissement total de la raison » ; sans oublier le jeune Giuseppe Marchetti, compagnon à onze ans des Mille de Garibaldi…
Flânez sur le Corso del Popolo, et volez un peu de fraîcheur aux arcades. Laissez-vous emporter par l’Histoire devant la tour Santa Maria, la seule porte de la ville du 14e siècle encore debout. Entrez dans la cathédrale Santa Maria Assunta, qui foisonne de trésors, telle cette madone au sourire désabusé, ou encore ce martyre lumineux de Felice et Fortunato, peint par un anonyme.
Sur le port, un vieux lion de pierre au sourire triste regarde vers la Sérénissime… La rivale ne lui a pas encore fait baisser les yeux, et les pigeons irrespectueux n’entament pas son dédain pour les gondoles.
Au crépuscule, les reflets dans l’eau du Canal Vena font resurgir d’autres temps, d’autres peintres, d’autres poètes. Le campanile rose de San Giacomo se replonge avec délices dans des eaux un peu plus bleutées, un lion sorti du mur avale une gouttière, et sur le port, les grands chalutiers tristes reposent le long des quais en dévoilant leur ferraille fantôme sous des lanternes blafardes. Un homme, portable à l’oreille sous une arcade, refait son monde à lui sans pudeur, et la cloche de l’Hôtel de Ville cadence les heures de ceux qui ne dorment pas. Sous la lueur complice du lampadaire du parvis de l’église San Domenico, deux amoureux viennent échanger des tendresses et des instants d’éternité. Bonsoir.

 

 
   
Texte & photos : © JF Macaigne