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Le Delta du Pô
 JF
Macaigne

 
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Il peut paraître judicieux de comprendre tout d’abord comment la région s’est créé, et ses particularités, avant de visiter la ville. C’est le moment de sortir les vélos ou d’activer les mollets. Rejoignez le pont sous lequel vous êtes passé tout à l’heure, à la sortie de la lagune, et empruntez-le, pour arriver un peu plus loin sur votre gauche à une petite maison rose avec une grande cheminée extérieure. C’est une fatibello, là où les pêcheurs d’anguille se « faisaient beaux » avant de rentrer chez eux. Il y avait ici coiffeur, barbier, et ce qu’il fallait pour être propre et se débarrasser des odeurs… Désormais on y accueille le touriste. Tout autour, il est possible d’emprunter les digues entre les marais où vivent les flamants roses à l’année. Cette espèce s’est très bien acclimatée ici en raison du pullulement de l’Artemia salina, un micro-organisme qui vit dans les eaux salées et dont la couleur est rose. D’où la couleur de l’oiseau.
La région a été créée par l’avancement de la côte en raison des dépôts alluvionnaires du Pô. Au 6e siècle avant J.C. des Etrusques fondent ici Spina. Témoin poignant de cette époque la grande barque romaine, la Fortuna Maris, retrouvée pendant l’assèchement des marais, dont l’étude se trouve au Musée archéologique municipal du « navire Romain ». De tout temps, les ressources principales tournèrent autour du sel, de la pêche, et plus spécifiquement, de l’anguille.
Au fil des siècles, l’assèchement des marais fit passer le territoire de 60 000 ha à un peu plus de 10 000 ha aujourd’hui. Ici vivent de nombreux oiseaux comme l’échasse blanche à ailes noires, l’avocette, la bécasse de mer, et bien entendu, les hérons, grèbes, poules d’eau, canards et fuligules que nous connaissons bien. Les anguilles arrivent de la mer des Sargasses, dans l’océan Atlantique, après un voyage de 10 mois. A la fin de leur vie, elles retourneront sur place pour s’y reproduire. Mais en attendant, elles font le bonheur et la richesse de Comacchio, ainsi que l’intérêt des « voleurs d’anguilles » qui venaient braconner autrefois. Ils étaient surnommés les fiocinini en raison du trident (fiocina) avec lequel ils pêchaient.
Depuis la Darse, vous avez deux façons d’accéder au centre ville, distant d’un petit kilomètre. Vous pouvez emprunter la via Spina, la route qui surplombe le bassin et la continuer tout droit jusqu’à l’ancien hôpital, un magnifique bâtiment à colonnes de 1765, qui jouxte le canale maggiore, le pont des Sbires, ainsi nommé en raison de sa proximité avec la prison, et le merveilleux Trepponti. Celui-ci fut construit en 1634 sur les plans de l’architecte de Ravenne Luca Danese. Il enjambe cinq canaux grâce à trois escaliers devant et deux derrière qui créent un ensemble architectural tout à fait remarquable d’harmonie et d’équilibre. Les jeux de lumière à travers les arches, les reflets dans l’eau calme des canaux et les visions générées sont un défi permanent à l’imagination. Face à l’ancien hôpital se trouve le Palais Bellini, devenu de nos jours le fameux musée archéologique du « navire romain ». Il faut y consacrer au minimum une heure de votre temps pour y admirer les trésors qu’il contient : tout ce que l’on a retrouvé à l’intérieur de la barque romaine, sur deux étages, mais aussi, au 3ème étage, un petit film très émouvant sur ce qu’était la vie des marins de cette époque.
L’autre façon d’aller en ville consiste à rejoindre la douceur et l’ombre des arcades de la galerie des Capucins, à 25m de la Darse, et de suivre le chemin ainsi tracé jusqu’à la cathédrale St Cassiano, construite fin 15e en remplacement d’une autre de 708. Restez sur les trottoirs, la rue est « pavée » de galets qui rendent la marche assez pénible, et prohibent les talons aiguilles. En continuant par la Piazetta Bassi, on arrive à la tour de l’Horloge, érigée originellement en 1330, et reconstruite en 1824. Elle se situe à l’exact croisement de la route principale et du canale Maggiore, et marque le centre de la cité. Juste à côté est la Loggia del Grano, l’ancien grenier à blé construit en 1621 pour entreposer le grain destiné aux pauvres. Il est aujourd’hui transformé en terrasse de café, et déguster ici un spritz ou un granité est un vrai bonheur… Toujours en continuant la rue, voici l’église du Saint Rosaire, construite en 1618 en quatre ans, pour une paroisse qui avait les moyens. A titre de comparaison, en suivant le petit canal qui coule sur la gauche de l’église, on arrive à une très jolie église : la chiesa del Carmine, construite pour la confrérie des Fangaroli en 40 ans… Puisque nous sommes rue Folegatti, cherchez le supermarché, il est en face de la mairie.

C’est maintenant l’heure du choix. Vous êtes à une petite soixantaine de kilomètres de Ferrare, mais… l’ Idrovia Ferrarese est bloquée à une dizaine de kilomètres en amont pour l’instant car le pont de Valle Lepri est en réparations. Il va donc vous falloir faire la liaison en bus, pour une somme dérisoire. Vous avez le choix. C’est une question de réserves d’eau. Il vous est également possible de revenir amarrer la Pénichette® à Porto Garibaldi, d’en profiter pour vous ravitailler en eau et électricité, et de faire l’excursion en une journée avec le bus qui part depuis l’arrêt de la Piazza 3 Agosto. Vous jouirez en plus du départ et du retour des pêcheurs, un spectacle bruyant mais inoubliable.

 
   
Texte & photos : © JF Macaigne